COMMENT JE SUIS DEVENUE RÉSIDENTE PERMANENTE DU CANADA | Chapitre 3 : L'année 2023
- Danee

- 23 janv.
- 13 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
« Oui oui, c'est tout à fait possible ! C'est ce que j'ai fait quand j'attendais mon permis de travail post-diplôme », me dit Gabrielle, lorsque je lui dis que je n'avais aucune idée qu'il était possible d'envoyer un e-mail à un député, et encore moins d'en obtenir une réponse.
Gabrielle est mon amie de chez Accenture ; elle, une autre amie et moi avons un appel hebdomadaire au cours duquel nous parlons de tout et de rien. Aujourd'hui, nous sommes le mardi 10 janvier ; je viens de leur dire que j'ai fait une demande de RP en 2021 et que je n'ai toujours pas reçu ma carte. La demande de permis de travail post-diplôme de Gabrielle a pris plus de temps que la normale et il est arrivé un moment où elle avait besoin de ce document, alors elle a fini par envoyer un e-mail au député de sa région, expliquant sa situation.
« Tu devrais essayer », continue-t-elle joyeusement. « Cherche le député ou la députée de ta région et envoie-lui un e-mail. On ne sait jamais, ils sont parfois serviables. »
Je suis encore étonnée qu'un député (ou du moins quelqu'un de son bureau) l'ait aidée.
Ma situation est différente de celle de Gabrielle à l'époque : j'ai un permis de travail post-diplôme valide et je n'ai pas besoin de ma carte RP immédiatement. En revanche, ma demande est en cours depuis un certain temps et ce serait bien d'avoir déjà la carte. Deux jours plus tard, je décide d'envoyer un e-mail à la députée de ma région. D'abord, je dois trouver qui est cette personne. J'entre donc mon code postal sur le site web de la Chambre des communes. Et là voilà. Je relève son adresse e-mail sur son profil et je commence à rédiger mon e-mail.
Date et heure : 12 janvier à 12 h 33
De : Danielle
À : Députée
Objet : Aide sur l'état d'avancement d’un dossier d'immigration
Honorable Freeland,
Je m'appelle Danielle Ndende et je suis une nouvelle diplômée internationale de la Schulich School of Business. Je vous contacte au sujet de ma demande de résidence permanente, que j'ai soumise en novembre 2021 par le biais de la politique d’intérêt public temporaire visant à faciliter l’octroi de la RP aux étudiants étrangers francophones. Mon numéro de demande est ABC123456.
J'ai reçu un e-mail début septembre 2022 confirmant que ma demande était prête à être finalisée et qu'il me suffisait de confirmer mon adresse et d'envoyer une photo pour que ma carte soit émise. Depuis, je n'ai pas eu de nouvelles.
En vérifiant les délais de traitement, j'ai vu que certains demandeurs dans le cadre de ce programme avaient reçu leurs cartes après environ 6 mois. J'ai largement dépassé ce délai et j'ai contacté IRCC, mais je n'ai pas obtenu de réponse.
J'apprécierais que vous m'aidiez à comprendre où en est ma demande ou ce que je peux faire. Je vous remercie d'avance pour votre aide.
Cordialement,
Danielle
Quelqu'un de son bureau me répond le lendemain, vendredi 13 janvier, en me demandant de fournir mon adresse complète pour confirmer que je réside bien dans la circonscription représentée par la députée. La personne m'envoie ensuite un lien vers un formulaire de demande de renseignements que je dois remplir et renvoyer avec une copie d'une pièce d'identité. Je réponds le lundi 16 janvier à 14 heures 39. À 14 heures 43, je reçois une réponse. Oh wow... c'était rapide ! me dis-je à moi-même lorsque je reçois la notification. L'e-mail confirme que mes informations ont été reçues et transmises à un coordinateur de dossier qui se renseignera en mon nom auprès d'IRCC. L'objectif est de me répondre dans les 10 jours ouvrables, mais en raison d'une augmentation du nombre de demandes, il se peut que ça prenne plus de temps.
La vérité est que je n'en attends pas grand-chose. Je veux dire... si ça marche, tant mieux, mais si ça ne marche pas et qu'ils me ghostent, ça n'aura pas plus d'importance que ça. Je vais simplement continuer à attendre que la carte arrive et peut-être soumettre un autre formulaire web dont la réponse arrivera au printemps.
Date et heure : 25 janvier à 20 h 31
De : Bureau de la députée
À : Danielle
Objet : À propos de : Aide sur l'état d'avancement d’un dossier d'immigration
Bonjour Danielle,
J'espère que vous allez bien et que vous êtes en bonne santé.
Notre bureau a contacté IRCC pour s'enquérir de votre demande de RP faite via la politique temporaire. Notre contact nous a informés que la demande qui a été soumise a été évaluée positivement et qu'elle est actuellement dans la file d'attente pour dépôt.
L'agent a convenu d'envoyer un message au bureau approprié pour demander de plus amples informations concernant les retards. Veuillez prévoir un délai de 10 jours ouvrables pour qu'IRCC vous réponde.
Cordialement,
Coordinatrice
L'e-mail provient de la coordinatrice des dossiers elle-même. Je me doutais bien que ma demande avait déjà fait l'objet d'une évaluation positive, mais j'apprécie qu'elle soit revenue vers moi et qu'elle ait demandé à quelqu'un de vérifier auprès d'IRCC. Je la remercie pour cette mise à jour. Il ne me reste plus qu'à attendre.
***
Ma dernière réunion de la journée est terminée, il est donc temps de changer à nouveau d'ordinateur. Je débranche mon ordinateur de travail du moniteur pour le remplacer par mon ordinateur personnel. Il est 17 heures passées de quelques minutes, ce lundi 13 février. Après avoir fait une pause pendant toute l'année 2022, je reprends cette année le travail sur tout ce qui est relatif à RDRMDA. Il y a beaucoup à faire et à apprendre, mais jusqu’ici, je prends beaucoup de plaisir à le faire. C'est passionnant !
Je navigue dans ma boîte de réception Gmail pour voir s'il y a de nouveaux e-mails importants. Il y en a quelques-uns. L'un d'entre eux provient du portail RP d'IRCC et a pour objet « Félicitations ! Vous êtes maintenant résidente permanente (RP) du Canada ! » Il a été envoyé à 15 heures 39. Je suis toute excitée, mais j'ouvre d'abord mes autres e-mails avant d'y revenir.
IRCC a téléversé une copie de votre Confirmation électronique de résidence permanente (CRPe) dans le portail de confirmation des RP. Le document CRPe est la preuve de votre nouveau statut. Vous pourrez l'utiliser en attendant que votre première carte RP vous soit envoyée par la poste.
Ma bouche s'étire en un sourire. Je me rends sur le portail de confirmation pour télécharger ma CRPe. Elle est magnifique. Je rigole. C'est une simple feuille de papier blanc avec du texte noir et le drapeau canadien en couleur en haut à gauche. Ce qui est magnifique, par contre, c'est tous mes renseignements personnels et les détails de ma demande qui sont inscrits sous les mots « Confirmation de résidence permanente ». Je suis résidente permanente du Canada. Mon cerveau assimile cette information, un mot à la fois. Je regarde la table de nuit à ma gauche où se trouve ma croix, celle que j'ai depuis que j'ai pris ma première communion à l'âge de treize ans.
« Merci beaucoup ! »
Je regarde et lis ma CRPe comme si je voyais ces détails pour la première fois. Bon... certains éléments sont nouveaux, comme le fait que le document expire le mois prochain, le 21 mars, ce qui, je suppose, signifie que ma carte physique devrait être là avant cette date. Je suis résidente permanente du Canada. Je suis tellement reconnaissante. Le sourire n'a pas quitté mes lèvres. J'ai envie de partager la nouvelle maintenant, mais je me dis que j'attendrai de recevoir la carte. Lorsque j'écris dans mon journal plus tard dans la journée, je qualifie cet évènement de meilleur cadeau de la Saint-Valentin et d'anniversaire par anticipation.
***
Non, pas de carte, me dis-je à moi-même en consultant ma boîte aux lettres à la fin de la semaine. Il était peut-être un peu trop tôt pour vérifier. Je sais aussi que j'ai un… léger problème d'obsession lorsqu'il s'agit de choses dont j'ai hâte. En attendant que la carte arrive, je me dis que je ne consulterai ma boîte aux lettres qu'une fois par semaine, le lundi matin, à mon retour de la gym. Et ça commence lundi prochain. J'ouvre donc ma boîte aux lettres le 20 février et elle est vide. Je l'ouvre le 27 février et elle est vide. Le 6 mars, il n'y a rien à l'intérieur.
Aujourd'hui, c'est mon anniversaire, que j'ai pris en congé. J'ai fait une petite grasse matinée, donc je ne serai pas à la gym à 6 heures 30 comme d'habitude. Je ne me sens pas très bien aujourd'hui. Je ne suis pas malade ou quoi que ce soit dans le genre, je suis juste... je ne sais pas... je suis un peu triste. Ces dernières années ont été très difficiles et mes anniversaires ne sont plus les mêmes. Je n'attends plus ce jour avec impatience. Cette année, je ne voulais même pas que ce jour arrive ; j'aurais préféré qu'il disparaisse complètement. Est-ce que c’est ça, grandir ? Je suis reconnaissante de terminer une année et d'en commencer une nouvelle, mais je ne sais pas... je suis aussi un peu fatiguée mentalement. Et puis, comment ça se fait que j'ai 27 ans ? Où sont passées les années ?
Après avoir prié et répondu à quelques messages, je m'apprête pour la gym. Avant de partir, je reviens dans la pièce principale de mon studio pour m'asseoir sur le pouf à côté de mon lit, le dos et la tête contre le mur. Des larmes coulent maintenant sur mon visage. Je reste là, le silence n'étant interrompu que par ma respiration. Je ne me sens pas bien, mais je vais quand même aller à la salle de sport ; c'est le seul moyen d'ouvrir ma boîte aux lettres de toute façon. Et qui sait, c'est peut-être aujourd'hui que je trouverai la carte. J'espère que c'est le cas. C'est peut-être le réconfort dont j'ai besoin. J'essaie aussi de me réjouir du rendez-vous que j'ai pris au spa cet après-midi et du dîner que j'ai réservé pour ce soir.
J'essuie mes joues et mes yeux et je me lève. En ouvrant la porte, je trouve un cadeau d'anniversaire à mes pieds. Je pleure maintenant de joie.
Je reviens de la gym un peu après 10 heures et me dirige vers la boîte aux lettres située au rez-de-chaussée de mon immeuble, comme je le fais depuis maintenant quatre semaines. Je l'ouvre et elle est vide. J'avais beau vouloir y voir la carte, j’avais aussi le sentiment que ce ne serait pas pour aujourd'hui. Je ne suis pas trop déçue. D'autres choses, d'autres personnes, ont déjà illuminé ma journée. Aujourd'hui, j'ai également fait des exercices bas du corps, donc je me sens définitivement mieux.
***
Le lundi 20 mars, je reviens de la gym vers 7 heures 45. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j'ai l'impression qu’aujourd'hui, c’est le grand jour. Je me dirige vers la boîte aux lettres et je l'ouvre. Il y a une enveloppe blanche à l'intérieur. Les courriers d'IRCC ou du gouvernement du Canada sont généralement envoyés dans des enveloppes marron, mais sans même l'ouvrir, je sais que celle-ci est L'Enveloppe. Celle qui contient La Carte.
Je tends la main pour la saisir. J'avais raison : le logo du gouvernement du Canada est imprimé au dos de l'enveloppe. L'expéditeur est le Centre de traitement des demandes d'IRCC et mon nom complet est inscrit dans le champ du destinataire. Je souris. Je suis tellement contente. Je suis tellement excitée. Je me précipite vers l'ascenseur. Pour tenter de contrôler mon excitation, je me dis que je n'ouvrirai pas l'enveloppe immédiatement quand j'arrive à mon appartement. Et je ne l'ouvre pas. Au lieu de ça, je m'assieds à mon bureau et je la regarde. Puis je la prends en photo. Je devrais peut-être l'ouvrir ? Non, je vais d'abord prendre une douche. Je vais prendre une douche.
Maintenant, je contrôle totalement mon impatience, à tel point que je n'ouvre même pas l'enveloppe lorsque j'ai fini de m’apprêter pour la journée. Je commence à travailler et je rejoins la réunion quotidienne sur mon projet à 10 heures 15. L'enveloppe est à côté de mon clavier, mais ce n'est rien d’extra ; ce n'est qu'une carte. J'ai un autre appel à 10 heures 30, alors je me dis que je l'ouvrirai tout de suite après. Je n'ai pas besoin de parler durant cet appel et, au bout de cinq minutes, je décide que c'est le bon moment pour ouvrir l'enveloppe. Je veux dire... ce n'est vraiment qu'une carte !
Mauvaise idée.
Bienvenue et merci d'avoir choisi le Canada !
Je déplie les deux tiers restants du document pour lire le reste de son contenu, puis je détache la carte collée tout en bas. Dès que je la tiens dans mes mains, des larmes coulent irrespectueusement sur mon visage. Je jette un coup d'œil à la fenêtre d'appel Teams sur mon écran pour m'assurer que je suis toujours en sourdine et que ma caméra est toujours éteinte, afin que l'on n'entende ni ne voie mes sanglots.
Je ne sais pas pourquoi je pleure.
Ou peut-être que si.
Ce sont les larmes de mon parcours d'immigration ardu. Les larmes de réalisation et d'incrédulité de ce que je suis enfin ici.
Les larmes qui me rappellent les années difficiles à Chicago, où l'on me refusait des opportunités simplement parce que je n'étais pas résidente permanente ou citoyenne américaine. Les larmes qui me rappellent mes premiers mois au Canada, durant lesquels j'avais l'impression de devoir cacher mon statut d'étudiante étrangère pour que les employeurs prennent en compte mes candidatures. Les larmes qui me rappellent la réaction de mon chef de projet lors de mon premier stage à Toronto (duquel j'ai été renvoyée en mars 2021) lorsque je lui ai dit que j'étais étudiante étrangère et que je ne pouvais pas travailler plus de vingt heures par semaine. Les larmes qui coulent parce que je comprends que les choses auxquelles je n'avais pas droit en tant que résidente temporaire me seront désormais accessibles. Les larmes d'émotion à l'idée que cela signifie plus de stabilité, de ne plus avoir à me soucier de changer de statut ou de demander la prolongation ou le renouvellement de mes documents pour les cinq prochaines années. Les larmes qui me rappellent comment tout ça a commencé, comment j'avais abandonné l'idée de demander la RP via la politique temporaire et que j'avais décidé de m'en tenir à mon plan initial. Les larmes qui me rappellent que, compte tenu de ma situation au cours des deux dernières années et demie, je ne serais normalement pas ici.
Ce sont les larmes de mon parcours d'immigration ardu, les larmes d'incrédulité de ce que je suis enfin ici.
La carte est magnifique. Cette fois, je ne rigole pas. Ma photo est également superbe et je ne regrette absolument pas la séance photo du 14 septembre dernier.

Je suis maintenant prête à partager la nouvelle avec ma famille. Lorsque je l'annonce à ma sœur Sophie et que je la remercie à nouveau d'avoir payé les frais de mon TEF en 2021, elle ne s'en souvient pas tout de suite. Elle est très heureuse pour moi, tout comme ma maman. Mes frères me taquinent dans le groupe de la famille, et mon autre grande sœur me félicite tandis que ma petite sœur envoie des gifs les uns après les autres, comme elle le fait toujours. Tout le monde, y compris ma première nièce, est content pour moi, mais... personne ne sait. Personne ne comprend.
Je sais qui sait. Je sais qui comprend.
Avant de reposer ma tête sur mon bureau, je jette un nouveau coup d'œil à l'appel Teams pour confirmer que ma caméra ou mon micro ne se sont pas activés tout seuls. Lorsque l'appel est terminé et que j'ai fini de pleurer, je vais m'asseoir sur mon lit, à côté de ma table de nuit. Je suis tellement reconnaissante et, à ce stade, Dieu est probablement fatigué de m'entendre Le remercier. Je Lui montre la carte, que je suis sûre qu'Il voit pour la toute première fois. Ou peut-être que c’est la deuxième fois, parce que je la Lui ai montrée lorsque je l'ai retirée du papier. « Tu es formidable, j'espère que les gens te le disent assez », dis-je à voix basse.
Mon prochain appel au travail n'est pas avant la fin d'après-midi, mais je me demande si je ne devrais pas prendre le reste de la journée pour moi. Je ne le fais pas. Au lieu de ça, je sors marcher, car de toute façon, je ne peux pas me concentrer en ce moment. La chanson n° 21 sur La Playlist joue dans mes écouteurs alors que je sors du bâtiment. Je la mets en boucle. Aujourd'hui, c'est une journée magnifique : le soleil brille, les oiseaux gazouillent, il fait 8 degrés, je me sens bien et les gens ont l'air heureux. Ou peut-être que ce n'est que moi. Je marche, j'écoute, je ne pleure pas, mais je me souviens.
De retour à mon appartement, je peux enfin recommencer à travailler. Après quelques heures de travail, il est temps de manger. Mais avant ça, je dois faire la chose que j'aime le moins au monde : la vaisselle. Pendant que je la lave, la chanson n° 6 sur La Playlist joue dans mes oreilles. À présent, je me souviens des montagnes que Dieu a déplacées pour moi tout au long de ce processus. Je ne peux pas dire si le savon mousse à cause de l'eau qui coule ou à cause de mes larmes ; les deux se ressemblent. Je veux faire plus pour remercier Dieu, mais je ne sais pas trop quoi. Je ne sais plus quoi dire ou s’il y a quelque chose que je peux Lui donner. Je souhaite soudain qu'il ait une adresse physique pour que je puisse Lui envoyer quelque chose. Je demande, mais Il ne répond pas.
***
Le vendredi 24 mars, je me rends à l’agence Service Canada la plus proche pour mettre à jour mon NAS, puisque celui que j'ai actuellement est temporaire sur la base de mon permis de travail post-diplôme. J'apporte ma carte RP, mon passeport et une preuve d'adresse. J’aurais pu demander un nouveau NAS en ligne, mais il faut plus de temps pour le recevoir par la poste ; dans une agence Service Canada, il est délivré instantanément.
« Tenez », me dit le jeune homme en me tendant une feuille de papier. « Ce numéro ne changera jamais. »
C'est littéralement de la musique à mes oreilles. Il parle de mon nouveau NAS. Maintenant que je suis résidente permanente, mon NAS ne changera plus jamais. Il n'y a pas non plus de date d'expiration inscrite en dessous, contrairement à mes anciens NAS. J'aime le son et la couleur de la stabilité.
Une fois rentrée chez moi, je dois maintenant mettre à jour mon NAS un peu partout : chez Accenture, dans mes trois banques, sur mes plateformes d'investissement, au bureau de crédit Equifax, à l'Agence du revenu du Canada (ARC)... bref, un peu partout. Il n'y a pas d'urgence à faire tout ça ; je ne veux juste pas attendre jusqu'à lundi. Equifax me demande de remplir un formulaire de demande de contestation, tandis que l'ARC m'indique que je devrai créer un nouveau compte avec mon nouveau NAS, où mes anciennes informations seront éventuellement migrées. L'une de mes banques n'est pas en mesure de mettre à jour mes informations par téléphone, je dois donc me rendre dans une agence.
Alors que je procède à la mise à jour de ma vie entière, je me rappelle toutes les raisons pour lesquelles je ne changerai absolument pas mon nom si je me marie un jour. Mais ce n'est pas le sujet. Je continue donc à appeler, à remplir des formulaires de demande et de contestation, à envoyer des photos de mon nouveau NAS via des portails sécurisés, à me rendre dans des agences bancaires et à expliquer pourquoi je souhaite mettre à jour mes informations. Je fais tout ça en sachant que c'est la dernière fois que j'aurai à le faire. Pour certaines plateformes, je devrai attendre la semaine prochaine. Mais ce n'est pas grave ; je suis contente d'avoir commencé aujourd'hui.
Une fois que j'ai terminé ma journée et après une semaine et un mois riches en émotions, je repense à mon parcours. Je suis reconnaissante au-delà de ce que les mots peuvent exprimer. Et je suis fière de moi.
Je pleure à nouveau, je ne sais pas pourquoi.
Ou peut-être que si.
Le 13 février 2023, je suis devenue résidente permanente du Canada.
Si pas Dieu, qui donc ?
FIN.



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